À son retour, dans un contexte politique tendu autour de la guerre d’Algérie, Spaggiari se rapproche brièvement de l’OAS (Organisation de l'Armée Secrète), un groupe clandestin opposé à l’indépendance algérienne. Cela lui vaut un nouveau passage en prison dans les années 1960. Une fois libéré, il tente de se reconvertir et s’installe à Nice, où il ouvre en 1968 un petit studio de photographie dans le quartier Ferber. Il y mène une existence apparemment rangée, fréquentant la bourgeoisie locale et la mairie pour les photos de mariage, expliquant certains de ses contacts avec les élus locaux. Derrière son appareil photo, Spaggiari cache en réalité une fascination grandissante pour les coups spectaculaires, les opérations minutieusement préparées et non violentes.
Il mène néanmoins une vie calme, travaillant à son studio de photographie du 56 boulevard René-Cassin (à l'époque, rue de Marseille), à Nice et vivant dans une bergerie isolée dans les collines niçoises, proche du village de Bézaudun-les-Alpes. L'humble demeure est baptisée Les Oies sauvages, les « S » de la pancarte rappelant volontairement le symbole des SS, en l'honneur du chant de la Légion étrangère.
Idéologiquement marqué par l’extrême droite, il se revendique d’une forme d’élitisme marginal, proche d’un certain romantisme du crime. Il lit beaucoup, notamment des ouvrages de stratégie, de philosophie, et s’imagine en gentleman cambrioleur moderne. Cette dualité, entre une façade respectable et une pensée criminelle méthodique, va trouver son aboutissement dans le braquage de la Société Générale de Nice, qu’il commence à planifier dès le milieu des années 1970. Spaggiari apparaît donc comme un personnage complexe : ex-soldat, militant politique, photographe et bientôt cerveau d’un des casses les plus audacieux de l’histoire criminelle française.
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