Une Banque culturelle...

Le 09/01/2026 0

Dans Yeux perçants... Oreilles dressées !!!

Moi Robin, toutou érudit, je sais reconnaître les lieux importants ;  La Banque, à Hyères, en fait partie.

Chaque fois que je passe devant cet ancien bâtiment imposant, mes humains ralentissent le pas. Ils lèvent les yeux, lisent les panneaux, parlent d’expositions, d’histoire et de paysages. Moi, je m’assieds et j’observe. Derrière ces murs autrefois sérieux se cache aujourd’hui un endroit plein de récits, d’images et de mémoire, où l’on raconte le territoire autrement. La Banque n’est plus un lieu où l’on comptait l’argent, mais un musée où l’on fait circuler les idées, les cultures et les regards — et même sans entrer, je sens que ce lieu a beaucoup à raconter.

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Le bâtiment, aujourd’hui connu sous le nom de La Banque – Musée des Cultures et du Paysage, occupe un emplacement central dans la ville d’Hyères, sur l’avenue Joseph Clotis, à la lisière du centre ancien. Avant d’être associé à une fonction bancaire puis culturelle, ce site accueille dès la seconde moitié du XIXᵉ siècle une grande demeure privée, la Villa Victoria, construite en 1869. À cette époque, Hyères est une ville en plein essor, réputée pour son climat et fréquentée par une clientèle aisée, française et étrangère. Le quartier se structure alors autour de vastes propriétés et de bâtiments représentatifs de cette prospérité nouvelle. La Villa Victoria s’inscrit dans ce contexte urbain et social, marquant déjà la volonté d’installer à cet endroit un édifice visible et prestigieux.

Au début du XXᵉ siècle, le site connaît une transformation majeure lorsque la Banque de France décide d’y implanter une succursale. En 1914, l’institution acquiert la propriété, mais c’est dans les années 1920 que le bâtiment prend la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Entre 1923 et 1925, la villa est entièrement démolie puis reconstruite selon les standards architecturaux et fonctionnels de la Banque de France. Le projet est confié à Alphonse Defrasse, architecte en chef de la Banque de France, assisté de Léon David, architecte local. L’édifice adopte un style à la fois sobre et monumental, caractéristique de l’architecture bancaire de l’époque : une façade néoclassique affirmant la solidité, l’ordre et l’autorité de l’institution, tandis que les aménagements intérieurs mêlent rationalité fonctionnelle et éléments décoratifs proches de l’Art déco. Le bâtiment est conçu pour répondre à des exigences de sécurité élevées, avec notamment une impressionnante salle des coffres en sous-sol, mais aussi pour accueillir le public et le personnel dans des espaces hiérarchisés, dont l’appartement du directeur.

 

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Pendant près de quatre-vingts ans, le bâtiment fonctionne comme une succursale de la Banque de France, jouant un rôle économique central dans la vie locale. Il est un lieu discret mais stratégique, symbole de stabilité financière et de présence de l’État. Toutefois, à partir de la fin du XXᵉ siècle, l’évolution des pratiques bancaires et la restructuration du réseau de la Banque de France conduisent à la fermeture progressive de nombreuses succursales. Celle de Hyères cesse son activité en 2003, laissant vacant un bâtiment emblématique mais désormais sans usage. Consciente de sa valeur patrimoniale et de son potentiel, la Ville d’Hyères se porte acquéreur du lieu en 2004, avec l’ambition d’y installer enfin un musée municipal digne des collections qu’elle conserve depuis la fin du XIXᵉ siècle.

En effet, les collections municipales, constituées dès 1885 et reconnues Musée de France, ont longtemps souffert d’un manque d’espace et de visibilité, ayant été hébergées successivement dans plusieurs lieux inadaptés. Le choix de l’ancienne banque s’impose alors comme une évidence : par sa surface, sa situation centrale, son architecture et sa forte charge symbolique, le bâtiment offre l’opportunité de transformer un ancien lieu de pouvoir économique en un espace dédié au savoir, à la culture et au paysage. Après une longue phase de réflexion, le projet de réhabilitation est lancé en 2016 sous la direction d’Alain-Charles Perrot, architecte en chef des Monuments historiques. Les travaux visent à préserver l’identité architecturale du bâtiment tout en l’adaptant aux exigences muséales contemporaines. Les espaces sont repensés, la salle des coffres est conservée et valorisée comme lieu d’exposition singulier, et un jardin méditerranéen est aménagé pour prolonger le parcours entre nature et culture.

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Panorama de la ville d'Hyères, Etienne Billet (1884-1888)

L’ancienne succursale bancaire ouvre finalement ses portes au public en novembre 2021 sous le nom de La Banque – Musée des Cultures et du Paysage. Le bâtiment entame alors une nouvelle vie, profondément ancrée dans son territoire. Là où l’on protégeait autrefois des valeurs monétaires, on conserve et partage désormais des œuvres, des objets, des récits et des regards sur l’histoire de Hyères et de ses paysages. L’emplacement, longtemps associé à la richesse, à la rigueur et à l’autorité, devient un lieu de transmission, de réflexion et de dialogue entre passé et présent, inscrivant durablement La Banque dans le paysage culturel et urbain de la ville.

Le musée invite les visiteurs à découvrir Hyères et son territoire à travers un regard sensible mêlant art, histoire et nature. Il rassemble des collections riches et variées qui racontent comment les paysages, les modes de vie et les cultures se sont construits et transformés au fil du temps à travers une approche accessible et transversale, idéale pour comprendre l’identité du territoire hyérois.

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Série Villa de Noailles, Karl Lagerfeld (1995)

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Hyères, France, Henri Cartier-Bresson (1932)

Installé dans l’ancien appartement du Directeur de la Banque, le parcours met en valeur une belle collection de peintures et d’œuvres graphiques, principalement des XIXᵉ et XXᵉ siècles, période durant laquelle de nombreux artistes furent séduits par la lumière et les paysages du littoral varois. Le musée conserve notamment des œuvres de Félix Ziem, dont les paysages lumineux évoquent la douceur méditerranéenne, ainsi que de Henri-Edmond Cross, figure du néo-impressionnisme, célèbre pour son travail sur la couleur et la lumière dans le Midi. Ces œuvres permettent de porter un regard artistique sur les collines, le littoral et la végétation qui font encore aujourd’hui le charme de Hyères.

Les collections ethnographiques complètent ce parcours en donnant à voir la vie quotidienne d’autrefois : outils agricoles, objets domestiques, costumes et savoir-faire traditionnels racontent comment les habitants ont vécu en lien étroit avec leur environnement. Elles offrent un éclairage concret et vivant sur les traditions provençales et méditerranéennes, rendant le passé accessible à tous.

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Dames au bord de la mer, Dumont (1887)

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Récolte du sel aux Vieux Salins d'Hyères, Louis Garcin (1893)

Le musée propose également une découverte du territoire à travers les sciences naturelles et l’archéologie, avec des objets et spécimens qui témoignent de la richesse écologique et de l’ancienneté de l’occupation humaine à Hyères. Ces collections replacent le visiteur dans une histoire longue, où nature et activités humaines s’entremêlent pour façonner les paysages actuels. Enfin, ne manquez pas les expositions temporaires d’une grande qualité qui sont proposées ainsi que, au sous-sol, l’ancienne salle des coffres, demeurée intacte.

 

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Grâce à ses collections variées et à une muséographie claire, La Banque – Musée des Cultures et du Paysage offre une étape culturelle idéale lors d’un séjour à Hyères. Le musée permet de mieux comprendre ce que l’on voit ensuite en se promenant dans la ville, les jardins, les collines ou le long du littoral, en donnant des clés de lecture pour apprécier pleinement la richesse et la diversité du territoire.

En wouffer plus...

Prochaine expo : 

Gustave Courbet, du chant de la Nature aux voix de la Révolte (18.01.26 → 24.05.26)

L’exposition retrace le parcours d’un peintre libre qui traverse un XIXe siècle en pleine mutation. Des paysages fondateurs aux sources et rivières, du monde animal aux marines, des portraits aux caricatures mordantes, l'exposition dévoile toute l'ampleur de l'univers courbétien. Elle révèle un artiste qui donne dignité et monumentalité aux travailleurs, paysans et artisans. Engagé sous la Commune de Paris, l’affaire de la colonne Vendôme et l’exil en Suisse révèlent sa dimension politique. Par son regard frontal et moderne sur le réel, Courbet renverse les codes académiques et ouvre la voie à la modernité artistique.

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Le saviez- wouf ?

Véritable haut lieu de la culture, la ville d'Hyères abrite un autre temple de l'art contemporain : la Villa Noailles.

Construite dans les années 1920 par l’architecte Robert Mallet-Stevens pour les mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles, elle incarne l’esprit d’avant-garde de l’époque. Lieu de création et de rencontres artistiques, la villa a accueilli de nombreux artistes et intellectuels. 

Mais chut... tout ceci fera l'objet d'une prochaine chronique.

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