Son nom est Muraire...

Le 03/10/2025 0

Dans Ladies and Gentlewouf !!!

Salut tout le monde ! En tant que toutou, même si je ne regarde les écrans que lorsque j'entends un congénère, je vais vous parler d'un humain fascinant : Raimu. Ce monsieur-là n’est pas n’importe qui : il a fait rire des générations avec sa voix, son regard et ses moustaches incroyables. Né en Provence, il a illuminé le cinéma et le théâtre avec des personnages inoubliables, surtout dans les films de Marcel Pagnol. Moi, je n’ai jamais compris pourquoi les humains aiment tant les histoires qu’on raconte sur un écran… mais quand je vois leurs sourires en regardant Raimu, je me dis que ce chien-là doit être spécial !

Né Jules Auguste Muraire le 18 décembre 1883 à Toulon, il grandit dans une famille modeste de Provence. Son père, tapissier, et sa mère, femme au foyer, veillent à ce qu’il reçoive une éducation solide, mais c’est très tôt que Jules montre un caractère joyeux et expressif, avec un goût marqué pour la scène et l’humour.

À l’école, il n’est pas particulièrement brillant dans les matières académiques. Il fréquente d’abord l’école primaire de Toulon, puis poursuit ses études secondaires dans un lycée local, dont il est exclu en raison de son caractère bagarreur. C’est aussi à cette époque qu’il découvre le théâtre amateur : il participe à de petites pièces locales et se familiarise avec l’art de la scène, posant les bases de sa future carrière. Démarrer une carrière de comédien ? Son père, qui veut le voir reprendre son atelier de tapisserie, s’y oppose formellement et lui trouve un emploi de marmiton à l’Hôtel du Louvre. La mort brutale de cette figure paternelle, alors qu’il n’est âgé que de 15 ans, lui réouvre les portes de la vie d’artiste.

Parallèlement, la vie familiale et l’environnement provençal influencent fortement son caractère : Raimu garde toujours un attachement profond à sa région et à ses racines, ce qui transparaîtra plus tard dans ses rôles, notamment dans les œuvres de Marcel Pagnol. Ses premières années mêlent donc éducation, expériences théâtrales et découvertes personnelles, façonnant l’homme et l’acteur qu’il deviendra.

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Il débute sur scène avec le changement de siècle, en 1900 sous le pseudonyme de Rallum. Il donne alors des représentation, qui restent encore sans grand succès, dans les café-concerts et  les guinguettes à matelots de la région toulonnaise. Son principal handicap : le chant, pour lequel il manque de talent. Comme beaucoup d’artistes, il traverse des périodes difficiles : les tournées sont épuisantes, les cachets modestes et les occasions de se faire remarquer rares. Pour vivre, Raimu collectionne alors les petits boulots, tantôt croupier au casino d’Aix, tantôt commerçant, puis s’installe à Marseille, au 209 boulevard de La Madeleine, aujourd’hui boulevard de la Libération.

Exempté de service militaire pour obésité, Raimu décide de se lancer dans une carrière professionnelle. Il commence par intégrer de petites compagnies de théâtre en province, jouant dans des pièces comiques ou dramatiques pour se perfectionner et gagner en expérience et en assurance. Son accent provençal, d’abord considéré comme un défaut dans certains cercles parisiens, devient peu à peu une marque de charme et d’authenticité, qui le distinguera plus tard dans ses rôles emblématiques. Son talent naturel, sa présence sur scène et son humour séduisent progressivement des directeurs de théâtre et des producteurs.

En 1908, il parvient à entrer en tant que souffleur au théâtre de l'Alhambra à Marseille, puis poursuit à l’Alcazar et le Palais de Cristal. C’est à cette époque qu’il modifie son nom de scène en « Raimu », son patronyme en verlan. Sa carrière est alors lancée, démarrant à l’image d’autres « jeunes premiers » de l’époque, tels que Fernandel ou Jean Gabin, dans un répertoire de comique troupier. Mais le véritable lancement de sa carrière intervient grâce à un autre toulonnais : Félix Mayol. Chansonnier vedette et directeur de music-hall, il le fait monter à Paris pour jouer dans son propre théâtre, le Concert Mayol. La légende est en marche : La Cigale, les Folies Bergère et le Casino de Paris le voient triompher sur scène.

C’est alors qu’éclate la Première Guerre mondiale. Finalement reconnu apte au service le 28 octobre 1914, il est mobilisé à Orange au sein du 15e Escadron du Train des Equipages Militaires et part combattre. (escadron du train des équipages militaires)[8] et part au front en septembre. Blessé lors de l’une de ses premières opérations, il perd du poids, tombe malade et est réformé en mars 1915.

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Raimu et Pagnol (© Studios Paramount)

Rétabli, il entamme une relation avec Andrée Spinelly, très célèbre à l’époque, qui le fait jouer avec elle dans Plus ça change au théâtre Michel en 1915, avant que Sacha Guitry ne lui offre son premier rôle important sur scène dans Faisons un rêve en 1916. Dès lors, il ne cesse de jouer, tant au théâtre qu’au cinéma. Lorsqu’il rencontre Marcel Pagnol, en 1928, Raimu est déjà un acteur connu, mais n’a encore jamais tenu de premier rôle.

Avec l’avènement du cinéma parlant à la fin des années 1920, Raimu voit une opportunité de mettre pleinement en valeur sa voix et son timbre unique, très expressif et chaleureux. Ses dialogues naturels et son sens du rythme comique séduisent les réalisateurs et le public. C’est dans ce contexte qu’il attire l’attention de Marcel Pagnol, qui cherchait un acteur capable de donner vie à des personnages profondément humains et attachants pour les adaptations cinématographiques de ses pièces de théâtre.

Le vrai tournant de sa carrière survient en 1931, lorsqu’il interprète le rôle de Marius dans l’adaptation cinématographique de la pièce éponyme de Pagnol, au côté de Pierre Fresnay et Orane Demazis.

Ce rôle lui vaut un immense succès et il devient alors l’un des acteurs les plus populaires du cinéma français. Il enchaîne avec les suites des adaptations de ce que l’on appelle aujourd’hui la Trilogie marseillaise : Fanny (1932) et César (1936). Ces rôles le consacrent comme le visage du Sud et de la Provence au cinéma, grâce à son accent, son charisme et sa capacité à incarner des personnages à la fois comiques et profondément humains.

Dans les années 1930 et 1940, Raimu élargit son répertoire : il joue dans des comédies, des drames et des adaptations théâtrales, collaborant avec des réalisateurs comme Sacha Guitry ou Julien Duvivier. Parmi ses films célèbres, on compte Un Carnet de bal (Julien Duvivier, 1937), Les Rois du sport (Pierre Colombier, 1937), La Femme du boulanger (Marcel Pagnol, 1938), ou encore La Fille du puisatier (Marcel Pagnol, 1940), au côté d’une autre vedette provençale objet de notre chronique précédente, Fernandel. Sa popularité est immense : il est apprécié tant par le public que par ses pairs pour son professionnalisme, son humour naturel et sa présence chaleureuse à l’écran.

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Avec Fernand Charpin, Paul Dullac et Robert Vattier dans Marius

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Avec GInette Leclerc dans La Femme du Boulanger

Parallèlement, Raimu continue le théâtre, notamment à Paris, où il reste un acteur reconnu et respecté, capable de passer du rire aux larmes en quelques secondes. Sa carrière illustre un équilibre rare entre succès populaire et reconnaissance critique, faisant de lui un symbole du cinéma français classique.

Sous l’Occupation, la firme allemande Continental Films, n’a de cesse de le solliciter. Il tourne pour elle  Les Inconnus dans la maison (Henri Decoin, 1942), mais refuse toute autre production, prétextant être sous contrat de longue durée avec d'autres maisons.

La fin de la carrière de Raimu est marquée par des problèmes de santé. Dans les années 1940, il continue de tourner dans des films très populaires tels que Le Colonel Chabert (René Le Hénaff, 1942), tout en poursuivant son travail au théâtre, qui lui ouvre les portes de la Comédie-Française. Cependant, Raimu souffre depuis longtemps de problèmes cardiaques et d’une santé fragile. Malgré les contraintes physiques, il continue à travailler avec un professionnalisme exemplaire, mais la fatigue et la maladie pèsent sur lui. Sa dernière apparition au cinéma remonte à 1945 pour L’Homme au chapeau rond (Pierre Billon).

Raimu meurt le 20 septembre 1946 à Paris, à l’âge de 62 ans. Sa disparition provoque une immense émotion en France : le public, le monde du théâtre et du cinéma pleurent un immense acteur. Sa carrière, qui aura duré plus de 30 ans, laisse un héritage durable et fait de lui une icône du cinéma et du théâtre français, particulièrement dans les films de Marcel Pagnol, où son talent reste inoubliable.

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Filmographie sélective :

Marius (Alexander Korda, 1931),  Mam’zelle Nitouche (Marc Allégret, 1931), Fanny (Marc Allégret, 1932), Tartarin de Tarascon (Raymond Bernard, 1934), Gaspard de Besse (André Hugon, 1935), César (Marcel Pagnol, 1936), Faisons un rêve (Sacha Guitry, 1936), Les Rois du Sport (Pierre Colombier, 1937), Gribouille (Marc Allégret, 1937), Les Perles de la Couronne (Sacha Guitry et Christian-Jaque, 1937), La Femme du boulanger (Marcel Pagnol, 1938), L’Etrange Monsieur Victor (Jean Grémillon, 1938), La Fille du puisatier (Marcel Pagnol, 1939), Les Inconnus dans la Maison (Henri Decoin, 1942), L’Arlésienne (Marc Allégret, 1942), Le Colonel Chabert (René Le Hénaff, 1943), Untel, Père et fils (Julien Duvivier, 1943), L’Homme au chapeau rond (Pierre Billon, 1946).

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Le saviez-wouf ?

En 1992, le réalisateur Georges Lautner offre à Jean-Paul Belmondo un rôle jadis tenu par Raimu dans un réadaptation du roman de Georges Simenon, L’Inconnu dans la maison. C'est l’occasion pour l'acteur d’incarner un rôle dramatique, loin de ses personnages d’action habituels : celui de Jacques Loursat, un avocat brillant tombé dans l’alcoolisme et la solitude après la mort de sa femme. Sa vie recluse bascule lorsqu’un meurtre est commis dans sa propre maison, l’obligeant à renouer avec le monde extérieur et à reprendre son métier pour défendre un jeune accusé. Plus qu’une enquête criminelle, le film est un portrait sombre d’un homme brisé qui retrouve peu à peu un sens à sa vie. Bien que l’accueil critique et public ait été mitigé, l’œuvre reste marquante par la prestation grave et nuancée de Belmondo.
 

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