Mais la politique française n’est pas tendre avec les personnalités flamboyantes. Tapie découvre rapidement l’hostilité d’une partie de la classe politique et médiatique, qui voit en lui un intrus, un homme d’affaires trop remuant, trop populaire, trop indépendant pour respecter les codes. Ses coups d’éclat et son franc-parler dérangent à tel point que beaucoup n’hésiteront pas à profiter de ses ennuis judiciaires pour tenter de l’assassiner politiquement.
Car dès 1993 éclate l’affaire VA-OM (Valenciennes – Olympique de Marseille). Plusieurs joueurs de Valenciennes révèlent avoir été approchés pour lever le pied lors d’un match de championnat afin de ne pas fatiguer les Marseillais avant une finale européenne. Tapie, accusé d’avoir cautionné ce système de corruption, clame son innocence mais devient la cible d’un déchaînement médiatique. L’enquête, puis le procès, débouchent sur sa condamnation à de la prison ferme pour corruption et subornation de témoins en 1995 et à la rétrogradation administrative de son club. Il est incarcéré six mois à la prison de la Santé, un épisode qu’il raconte plus tard comme une épreuve humaine douloureuse mais fondatrice. Cette chute brutale, après des années de succès et de gloire, marque un tournant dans sa vie : Bernard Tapie, jadis symbole de réussite, devient l’icône de la déchéance médiatique.
Mais l’affaire qui hantera le plus sa vie reste celle du Crédit Lyonnais / Adidas. En 1992, Tapie revend la marque Adidas, qu’il avait brillamment redressée alors qu’elle était au bord de la faillite, rendue hasbeen par Nike et Reebok, à la banque publique Crédit Lyonnais. Quelques années plus tard, il découvre que la banque a revendu l’entreprise à un prix bien plus élevé, réalisant une plus-value cachée. Estimant avoir été floué, il engage une longue bataille judiciaire contre l’État français et le Crédit Lyonnais. Cette guerre judiciaire, qui dure plus de vingt ans, devient un feuilleton politico-financier hors norme. En 2008, un tribunal arbitral privé lui accorde 403 millions d’euros d’indemnisation, une décision immédiatement contestée par la Cour de cassation, qui jugera plus tard l’arbitrage frauduleux. Tapie est alors accusé d’avoir bénéficié d’un arbitrage truqué, impliquant notamment la ministre de l’Économie de l’époque, Christine Lagarde. Après de multiples rebondissements, il est finalement relaxé en 2019, la justice estimant qu’il n’y a pas eu de manœuvre frauduleuse de sa part. Ce verdict tardif, qu’il accueille avec émotion, n’efface en rien les années de suspicion et d’humiliation publique qu’il a subies.
En parallèle, Bernard Tapie est visé par d’autres procédures pour abus de biens sociaux, faux et usage de faux, ou fraude fiscale, souvent liées à la complexité de son empire industriel. Chaque fois, il se défend avec la même énergie, transformant ses procès en tribunes pour dénoncer ce qu’il perçoit alors comme un acharnement du système contre un homme qui n’est pas né du sérail. Sa relation avec la justice aura donc été marquée par la confrontation : un combat de principe autant que personnel, entre un homme qui refuse de plier et une institution qu’il accuse de partialité.
En définitive, les affaires judiciaires de Bernard Tapie révèlent toute l’ambiguïté de son personnage : mi-héros, mi-anti-héros, à la fois victime et provocateur, courageux et imprudent. Elles contribuent à forger sa légende, celle d’un homme qui a tout connu, gloire, richesse, prison, réhabilitation, sans jamais perdre cette rage de vivre qui le caractérise.
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