Le Fernand d'elle

Le 13/09/2025 0

Dans Ladies and Gentlewouf !!!

Pour le premier article de ce chapitre de notre blog, je souhaitais vous présenter un enfant du pays, acteur fabuleux, chanteur d'opérette aux titres à jamais ancrés dans nos mémoires. L'œuvre intemporelle d'un personnage natif de Provence, haut en couleur et  au dentier idéal à mettre au placcard n'importe quelle publicité de dentifrice ! Vous l'aurez reconnu ? Nous allons bien sûr évoquer Fernandel !!!

Fernand Joseph Désiré Contandin nait le 8 mai 1903 au 70, boulevard Chave à Marseille, dans une famille modeste mais passionnée de musique et de spectacle. Son père, Denis Charles Contandin est est comptable le jour et musicien d’opéra comique la nuit venue, sous le pseudonyme de Sined (dénomination inversée de son prénom). Sa mère, Désirée Bédouin, est également comédienne amatrice. Tous deux repèrent très tôt son talent et lui transmettent le goût de la scène.

Enfant, Fernand se distingue par sa bonne humeur et son sens de la comédie, amusant son entourage avec ses grimaces et son sourire déjà légendaire. À l’adolescence, il travaille comme employé de banque et livreur, enchaînant les petits boulots, portant des sacs de sucre dans le port de Marseille, ou travaillant dans une maison de tissus. En parallèle, il court le cachet comme comique troupier et se produit dans de petits théâtres et cafés concerts marseillais.  À l'occasion d'un concours pour petits chanteurs amateurs, il remporte même le premier prix des enfants prodiges au théâtre du Châtelet de Marseille. Dans le but de s’offrir une situation plus stable, il prend un emploi dans la Savonnerie du Fer à Cheval avant de partir effectuer son service militaire. Le 4 avril 1925, il épouse Henriette Félicie Manse, qui lui donnera plus tard trois enfants. C’est à cette époque que sa belle-mère, très affectueuse, le voyant un jour arriver dans la rue, s’écrie depuis sa fenêtre : Té ! Voilà le Fernand d’elle !!! Cette expression familière et tendre est restée et rapidement ses proches, puis ses amis, ont commencé à l’appeler ainsi. En entrant dans le monde du spectacle, il choisi  donc logiquement de conserver ce surnom comme pseudonyme.

Libéré de ses contraintes militaires, il est engagé par le directeur de l'Odéon de Marseille en remplacement d’une vedette parisienne dont le spectacle s’avère un fiasco. Son numéro, son physique atypique et son accent chantant transforment l’essai en triomphe. Parmi les spectateurs, se trouve Jean Faraud, directeur français de la Paramount, à qui appartient l’établissement. Ce dernier lui propose immédiatement un contrat pour une tournée nationale. En 1928, il tente sa chance à Paris et conquiert rapidement le public des music-halls par son talent de chanteur comique, alternant avec quelques sketches.

Dans la salle, le réalisateur Marc Allégret est frappé par le physique et la personnalité de Fernandel. Il décide de lui offrir le rôle d'un groom dans le film qu'il prépare avec Sacha Guitry, Le Blanc et le Noir, lui ouvrant ainsi en 1930 les portes du cinéma. Le cinéma parlant, alors en plein essor, recherche de nouveaux visages capables de séduire le public. Après quelques apparitions discrètes, il obtient en 1930 un rôle dans Le Rosier de Madame Husson d’après Guy de Maupassant.  Son talent explose aux yeux du grand public : il y campe un personnage naïf et cocasse, dont l’humour et la bonhomie marquent durablement les spectateurs. Dès lors, il devient rapidement l’un des acteurs comiques les plus demandés, enchaînant les tournages dans les années 1930 avec des films populaires comme la comédie musicale Ignace ou Fric-Frac, dirigé par Christian-Jaque. Sa diction chantante, son accent méridional et son physique immédiatement reconnaissable font de lui une figure unique, parfaitement adaptée à l’écran sonore. Ces premiers succès assoient sa réputation et posent les bases d’une carrière exceptionnelle qui le mènera à devenir l’une des grandes icônes tant du cinéma français que de la chanson, certains titres issus de ses films devenant d’immenses succès populaires : Ignace, justement, mais également Félicie aussi.

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Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, la carrière de Fernandel connaît une période particulière, marquée par les contraintes du conflit, étant lui-même mobilisé à Marseille, mais aussi par la continuité de son succès. Affecté dans une unité militaire, son statut d’artiste connu lui permet rapidement de participer surtout à des spectacles destinés à remonter le moral des troupes. Après l’armistice de 1940, il retourne à la vie civile et reprend son métier d’acteur. Malgré les restrictions et la censure, il continue à tourner des films sous l’Occupation, notamment pour la Continental Films. En 1940, avec La Fille du puisatier, de Marcel Pagnol, il rencontre un nouvel immense succès populaire qui contribue à renforcer son image d’acteur proche du peuple, porteur de chaleur et d’humanité dans une époque sombre. Durant ces années difficiles, Fernandel fait aussi beaucoup de théâtre et de music-hall, son humour et sa bonhomie offrant un peu de réconfort au public. Après la Libération, il n’est pas inquiété, car il n’a jamais collaboré politiquement avec les autorités d’Occupation ; au contraire, il est perçu comme une figure populaire qui a su rester fidèle à son rôle d’artiste.  

Fernandel reprend avec énergie sa carrière et conquiert un public en quête de légèreté. Ses comédies rencontrent un franc succès et, en 1951, il connaît un tournant décisif avec Le Petit Monde de Don Camillo, tiré de l’œuvre de Giovanni Guareschi, où il incarne au côté de Gino Cervi le célèbre curé italien : un rôle qui deviendra mythique et auquel il prêtera son visage à plusieurs reprises. Ce personnage, à la fois drôle, humain et attachant, assoit sa renommée bien au-delà des frontières françaises et lui ouvre les portes d’une reconnaissance internationale, notamment en Italie. Le 18 janvier 1953, alors qu'il est à Rome avec sa fille Janine, Pie XII le prie de venir au Vatican afin, dit-il, de faire la connaissance du plus connu des prêtres de la chrétienté après le pape. Dans les années 1950, Fernandel parvient aussi à élargir son registre, alternant films populaires et rôles plus nuancés, tout en restant fidèle à son accent et à son sourire qui ont fait son charme. Ainsi, l’après-guerre marque pour lui une période de consécration : il ne se contente plus d’être une vedette nationale, il devient une véritable icône du cinéma européen. Il enchaine alors en 1951  L’Auberge Rouge, de Claude Autant-Lara, Ali Baba et les Quarante Voleurs de Jacques Becker (1954), La Vache et le Prisonnier d’Henri Verneuil (1959).

À partir des années 1960, Fernandel est déjà une immense vedette, mais sa carrière prend une tournure plus contrastée. Il continue à triompher dans des comédies populaires et poursuit l’aventure des Don Camillo, adorés du public. Cependant, avec l’évolution du cinéma français et l’arrivée de la Nouvelle Vague, son style, basé sur le comique de situation et sa personnalité solaire, apparaît parfois démodé aux yeux de la critique. En 1963, Fernandel fonde avec Jean Gabin la société de production Gafer d'après la première syllabe de leurs deux noms de scène. Leur première production est L'Âge ingrat, de Gilles Grangier. Fernandel tente alors de diversifier ses rôles en s’essayant à des registres plus dramatiques, notamment dans Heureux qui comme Ulysse, réalisé en 1970 par Henri Colpi, où il livre une interprétation touchante et intime. Dans le même temps, il continue à séduire les spectateurs, grâce à sa popularité intacte et à son image profondément sympathique.

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Malheureusement, ses dernières années sont assombries par la maladie : atteint d’un cancer, il doit interrompre ses projets, notamment le tournage d’un ultime Don Camillo et ses contestataires*. Il s’éteint en 1971, laissant derrière lui une carrière exceptionnelle et l’image d’un artiste qui a marqué durablement le cinéma français par sa générosité, son accent chantant et son humour bienveillant.

*Le film sortira en 1972, avec l'acteur italien Gastone Moschin dans le rôle-titre. Pour être complet sur le sujet "Don Camillo", le personnage reviendra une ultime fois au cinéma en 1984, cette fois sous les traits de Terence Hill, également à la réalisation.

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Filmographie sélective

On purge Bébé (Jean Renoir, 1931), Le Rosier de Madame Husson (Bernard Deschamps, 1931), Ademaï Aviateur (Jean Tarride, 1933), L’Hôtel du Libre-Echange (Marc Allégret, 1934), Un de la Légion (Christian-Jaque, 1936), Le Schpountz (Marcel Pagnol, 1938), Un Carnet de Bal (Julien Duvivier, 1937), Les Cinq sous de Lavarède (Maurice Cammage, 1939),  La Fille du puisatier (Marcel Pagnol, 1940), Topaze (Marcel Pagnol, 1951), Le Petit monte de Don Camillo (Julien Duvivier, 1951), Coiffeur pour Dames (Jean Boyer, 1952), L’Ennemi public N°1 (Henri Verneuil, 1952), Ali Baba et les Quarante Voleurs (Jacques Becker, 1954), La Vache et le prisonnier (Henri Verneuil, 1959), Crésus (Jean Giono, 1960), La Cuisine au beurre (Gilles Grandier, 1963), L’Âge ingrat (Gilles Grangier, 1964), La Bourse et la vie (Jean-Pierre Mocky, 1966), L’Homme à la Buick (Gilles Grangier, 1968), Heureux qui comme Ulysse (Henri Colpi, 1970).

Discographie sélective : Félicie aussi (1939), On m’appelle Simplet (1939), Le Tango Corse (1961)

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Tombe de Fernandel au cimetière de Passy. (© Pierre ARAUJO)

Le saviez-wouf ?

L'image de Fernandel dans le rôle de Don Camillo a également inspiré les publicitaires pour créer un personnage culte : Don Patillo, incarné par l'imitateur français André Max Aubert, le curé passé art dans la cuisson des pâtes Panzani.  Oh oui !!!

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