Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, la carrière de Fernandel connaît une période particulière, marquée par les contraintes du conflit, étant lui-même mobilisé à Marseille, mais aussi par la continuité de son succès. Affecté dans une unité militaire, son statut d’artiste connu lui permet rapidement de participer surtout à des spectacles destinés à remonter le moral des troupes. Après l’armistice de 1940, il retourne à la vie civile et reprend son métier d’acteur. Malgré les restrictions et la censure, il continue à tourner des films sous l’Occupation, notamment pour la Continental Films. En 1940, avec La Fille du puisatier, de Marcel Pagnol, il rencontre un nouvel immense succès populaire qui contribue à renforcer son image d’acteur proche du peuple, porteur de chaleur et d’humanité dans une époque sombre. Durant ces années difficiles, Fernandel fait aussi beaucoup de théâtre et de music-hall, son humour et sa bonhomie offrant un peu de réconfort au public. Après la Libération, il n’est pas inquiété, car il n’a jamais collaboré politiquement avec les autorités d’Occupation ; au contraire, il est perçu comme une figure populaire qui a su rester fidèle à son rôle d’artiste.
Fernandel reprend avec énergie sa carrière et conquiert un public en quête de légèreté. Ses comédies rencontrent un franc succès et, en 1951, il connaît un tournant décisif avec Le Petit Monde de Don Camillo, tiré de l’œuvre de Giovanni Guareschi, où il incarne au côté de Gino Cervi le célèbre curé italien : un rôle qui deviendra mythique et auquel il prêtera son visage à plusieurs reprises. Ce personnage, à la fois drôle, humain et attachant, assoit sa renommée bien au-delà des frontières françaises et lui ouvre les portes d’une reconnaissance internationale, notamment en Italie. Le 18 janvier 1953, alors qu'il est à Rome avec sa fille Janine, Pie XII le prie de venir au Vatican afin, dit-il, de faire la connaissance du plus connu des prêtres de la chrétienté après le pape. Dans les années 1950, Fernandel parvient aussi à élargir son registre, alternant films populaires et rôles plus nuancés, tout en restant fidèle à son accent et à son sourire qui ont fait son charme. Ainsi, l’après-guerre marque pour lui une période de consécration : il ne se contente plus d’être une vedette nationale, il devient une véritable icône du cinéma européen. Il enchaine alors en 1951 L’Auberge Rouge, de Claude Autant-Lara, Ali Baba et les Quarante Voleurs de Jacques Becker (1954), La Vache et le Prisonnier d’Henri Verneuil (1959).
À partir des années 1960, Fernandel est déjà une immense vedette, mais sa carrière prend une tournure plus contrastée. Il continue à triompher dans des comédies populaires et poursuit l’aventure des Don Camillo, adorés du public. Cependant, avec l’évolution du cinéma français et l’arrivée de la Nouvelle Vague, son style, basé sur le comique de situation et sa personnalité solaire, apparaît parfois démodé aux yeux de la critique. En 1963, Fernandel fonde avec Jean Gabin la société de production Gafer d'après la première syllabe de leurs deux noms de scène. Leur première production est L'Âge ingrat, de Gilles Grangier. Fernandel tente alors de diversifier ses rôles en s’essayant à des registres plus dramatiques, notamment dans Heureux qui comme Ulysse, réalisé en 1970 par Henri Colpi, où il livre une interprétation touchante et intime. Dans le même temps, il continue à séduire les spectateurs, grâce à sa popularité intacte et à son image profondément sympathique.
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