Née dans les années 1980 pour défendre l’artisanat face au pain industriel, la Banette s’est imposée par sa silhouette unique et son parfum gourmand. Plus courte et généreuse qu’une baguette classique, ornée de cinq grignes obliques qui la rendent immédiatement reconnaissable, elle séduit autant par sa croûte dorée et croustillante que par sa mie moelleuse et parfumée. Véritable emblème de la boulangerie de tradition, la Banette est aujourd’hui un arrêt incontournable pour tout amateur de pain en quête d’authenticité et de saveurs françaises.
Elle est à la fois une recette de pain et une marque collective française créée à une époque où la boulangerie artisanale connait un certain recul face à l’essor des pains industriels et surgelés. Comme quoi, la malbouffe n’est pas un phénomène récent… Pour soutenir les boulangers indépendants face aux Tricatel* des fournils, un groupe de meuniers a donc choisi de se démarquer en proposant une farine de qualité supérieure, issue du blé français. Ils mettent également en avant leur savoir-faire artisanal pour proposer un pain unique et savoureux. Les boulangeries Banette sont dès lors créées par Alain Storione, déjà à l'origine de la farine Francine, et ses deux frères en 1979 sous le nom d'Unimie, renommées en Banette en 1981. La première, malheureusement aujourd’hui disparue, ouvre place Notre-Dame-du-Mont à Marseille.
Le principe est le suivant : les meuniers fournissent aux boulangers une farine spécifique répondant à un cahier des charges aussi précis qu'exigeant et les boulangers adhérents s’engagent à respecter une méthode de fabrication traditionnelle (pétrissage, fermentation, cuisson sur sole). Le résultat : un pain reconnaissable par son goût, sa croûte dorée et sa mie généreuse.
Certes, il faut reconnaître que, s’il est un peu marseillais d’affirmer qu’elle est née dans le Sud, le succès de la Banette y a été très fort, notamment autour de Marseille, où les boulangers artisans adoptent rapidement ce pain pour se distinguer de la concurrence des franchises et des supermarchés. La deuxième ville de France et, par extension sa région, ont joué un rôle majeur dans sa notoriété et son ancrage dans l’imaginaire collectif : soleil, convivialité, accent du sud… des valeurs que la Banette a su incarner… jusqu’à son nom !
En effet, plusieurs versions coexistent, mais une des plus cohérentes lui fait trouver son étymologie dans le terme provençal de « bane », qui signifie « corne ». Vous l’aurez compris, il fait référence aux extrémités de la baguette, rappelant quelque peu cette forme. Toutefois, don dérivé, le mot « banet », désignant un cocu, il serait peu commercial de traiter le produit de « pain des cocus »… Une autre version voudrait pourtant que les meuniers fondateurs se soient bien inspirés de ce terme de “banet”, mais dans son acceptation en vieux français, désignant alors une petite bannière ou un petit banc. Le diminutif “-ette” a été ajouté pour donner une sonorité douce et conviviale. Toutefois, quelle que soit la version que vous retiendrez, il convient de saluer un choix marketing et linguistique intelligent pour créer un mot évocateur, à la fois rustique, chaleureux et distinctif.
Aujourd’hui, Banette est une marque largement répandue en France, avec des milliers de boulangeries partenaires, toutes indépendantes et non franchisées. Elle est devenue un symbole de la boulangerie artisanale “authentique” face aux produits industriels.
*Pour celles et ceux qui n'ont pas la référence, je vous renvoie au film réalisé en 1976 par Claude Zidi, L'Aile ou la cuisse, avec Louis de Funès et Coluche.
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