Villa Ephrussi de Rothschild

Le 21/09/2025 0

Dans Yeux perçants... Oreilles dressées !!!

Coucou les amis ! Pour cette première chronique culturelle, je vous emmène promener vos papattes dans un site exceptionnel, labellisé « Jardin Remarquable » : la villa Ephrussi de Rothschild, au Cap-Ferrat.

Edifiée entre 1905 et1912, la villa Ephrussi de Rothschild est un palais de style Renaissance italienne commandé par la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild. Entourée de neuf jardins thématiques dominant la Méditerranée, elle abrite une riche collection d’art, de mobilier et de porcelaines. Aujourd’hui ouverte au public, la villa est un lieu emblématique de la Côte d’Azur, alliant raffinement architectural et splendeur paysagère.

Mais qui était la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild ?

Née en 1864 dans la célèbre famille de banquiers Rothschild, Béatrice grandit dans un univers de luxe et de culture. Mariée en 1883 au banquier russe Maurice Ephrussi, elle choisit pourtant l’indépendance après leur séparation quelques années plus tard, et se consacre pleinement à sa passion : l’art sous toutes ses formes. Fantasque et raffinée, elle aime surprendre ses invités en organisant de somptueuses fêtes costumées, incarnant tour à tour bergère ou déesse antique. Voyageuse infatigable, elle collectionne avec ferveur peintures, porcelaines, tapisseries et meubles rares. Sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat, construite comme un palais de style Renaissance, devient son écrin rêvé : un lieu à la fois intime et grandiose, orné de jardins venus du monde entier. À sa mort en 1934, Béatrice fait don de la villa et de ses collections à l’Académie des Beaux-Arts, transformant son goût personnel en héritage collectif. À travers ce legs, la baronne demeure une figure lumineuse de la Belle Époque, symbole d’élégance, d’excentricité et de mécénat.

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La genèse de la villa :

Béatrice Ephrussi de Rothschild choisit au début du XXᵉ siècle un emplacement spectaculaire : l’étroite presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat, entre Villefranche-sur-Mer et Beaulieu. Le terrain, encore sauvage et rocailleux, séduisit la baronne par sa vue exceptionnelle, offrant à la fois un panorama sur la baie de Villefranche d’un côté et sur la rade de Beaulieu de l’autre. Elle veut que sa villa domine la mer comme la proue d’un navire entouré de jardins.

La construction, entamée en 1905, est confiée à l’architecte Jacques-Marcel Auburtin puis achevée par Aaron Messiah. La baronne suit de près les travaux et impose de nombreuses modifications pour obtenir une demeure de style Renaissance italienne, inspirée des palais de Venise. L’édification est complexe : il fallut terrasser le terrain, créer d’immenses remblais et aménager un système d’irrigation sophistiqué pour alimenter les futurs jardins.

Après plusieurs années d’efforts, la villa est inaugurée en 1912, entourée de neuf jardins thématiques, chacun pensé comme un décor vivant autour du palais, écrin de rève pour les collections présentées dans les pièces de la demeure :

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L’aménagement des jardins :

Lorsque la baronne fait construire sa villa, le terrain est escarpé, sec et rocheux, difficile à cultiver. Elle décide pourtant de transformer ce cap aride en un écrin de verdure. Pour cela, il faut importer de la terre fertile par bateau depuis Hyères et même l’Italie, puis l’acheminer jusqu’au sommet du site. Des ingénieurs mettent en place un réseau complexe d’irrigation pour permettre l’arrosage constant des plantations.

Béatrice souhaite des jardins à thème, chacun évoquant une ambiance particulière : un jardin espagnol, un jardin florentin, un jardin exotique, un jardin lapidaire, un jardin japonais… Mais le plus spectaculaire reste le jardin à la française, conçu comme un vaste parterre ornemental ponctué de bassins, fontaines et jets d’eau, avec en perspective la Méditerranée. Elle compare d’ailleurs sa villa à un navire, et voit ce jardin comme le pont central entouré de ponts latéraux que forment les autres jardins.

Inaugurés en même temps que la villa en 1912, ces neuf jardins sont pour la baronne une véritable œuvre d’art vivante, évolutive, où elle peut exprimer à la fois son goût du voyage et son sens de la mise en scène, son goût du spectacle : en parcourant les jardins, on a l’impression de traverser plusieurs pays et époques sans quitter le Cap-Ferrat.

Le jardin à la française est le plus vaste et le plus spectaculaire, agrémenté de grandes allées, des parterres symétriques, des bassins et des jets d’eau musicaux qui rythment l’espace. Il s’étend face à la mer, comme la perspective centrale d’un château classique.
Le jardin espagnol est quant à lui inspiré de l’Andalousie, mêlant pergolas, bassins, et plantes méditerranéennes odorantes. On y retrouve une atmosphère intime et colorée.
Le jardin florentin est une évocation de l’Italie de la Renaissance, avec escaliers, statues et cyprès, il rappelle les jardins en terrasses de Toscane.
Le jardin lapidaire, plus insolite, rassemble des éléments architecturaux anciens (colonnes, chapiteaux, fragments de sculptures) disposés comme dans un musée en plein air.
Le jardin exotique met en valeur cactus, aloès et plantes grasses, soulignant le contraste entre la sécheresse apparente et la vue sur la Méditerranée.
Le jardin japonais est un espace de sérénité avec pavillon, ponts de bois, lanternes de pierre et végétation délicate : érables, bambous et lotus.
Le jardin provençal célèbre la flore locale avec lavande, romarin, oliviers et figuiers, dans une ambiance de garrigue parfumée.
La roseraie, au printemps, se couvre de centaines de variétés de roses, entourées de pergolas et d’arcades. La baronne en raffole et aime s’y promener.
Le jardin de Sèvres, plus discret, met en scène des porcelaines de la manufacture de Sèvres, intégrées dans le décor végétal.

La villa Ephrussi de Rothschild aujourd’hui :

La Villa Ephrussi de Rothschild demeure l’un des joyaux de la Côte d’Azur, alliant élégance, histoire et art. Elle est ouverte au public tous les jours de l'année, avec des horaires prolongés en juillet et août. La villa est classée monument historique depuis 1996, et ses neuf jardins thématiques sont labellisés Jardins remarquables par le Ministère de la Culture.

L’intérieur de la villa conserve une riche collection de meubles du XVIIIᵉ siècle, de porcelaines de Sèvres et de Vincennes, ainsi que des œuvres d’art des grands maîtres. La visite est enrichie par des expositions temporaires, des concerts et des événements culturels organisés tout au long de l’année.

Enfin, la propriété est toujours gérée par l’Académie des Beaux-Arts, héritière du legs de la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild, au grand dam de sa riche famille, qui considère sa décision comme une spoliation. Elle est également un lieu de réception prestigieux pour des événements privés et des séminaires.

Pour en savoir plus, retrouvez ci-dessous le reportage réalisé sur la villa dans le cadre de l'émission Des Racines et des Ailes (France Télévision) :

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Une autre villa remarquable :

Non loin de la Villa Ephrussi de Rothschild, se trouve une autre villa remarquable, la Villa Kérylos, construite entre 1902 et 1908 à Beaulieu-sur-Mer par l’archéologue Théodore Reinach. Cet édifice est une reconstitution fidèle d’une demeure aristocratique grecque du IIᵉ siècle av. J.-C. Conçue par l’architecte Emmanuel Pontremoli, elle allie architecture néo-antique et Art nouveau et fera l'objet d'une prochaine chronique.

Ci-contre : la Villa Kerylos depuis la Villa Ephrussi de Rothschild.
 

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Le saviez-wouf ?

Plusieurs films ont été tournés à la Villa Ephrussi de Rothschild. Cette villa Belle Époque, avec ses jardins thématiques et son architecture élégante, sert de cadre à :

- Retour de manivelle (1957) : Un film français réalisé par Denys de La Patellière avec Michèle Morgan, Bernard Blier, Daniel Gélin et Michèle Mercier, dont les extérieurs ont été tournés dans les jardins de la villa.

- Jamais plus jamais (1983) : dernière apparition de Sean Connery dans le rôle de James Bond, qui inclut des séquences tournées à la villa.

- Le Plus escroc des deux (1988) : une comédie de Frank Oz avec Steve Martin et Michael Caine, où la villa apparaît dans certaines scènes.

- Eternité (2016) : Un drame romantique français réalisé par Tran Anh Hung avec Audrey Tautou et Bérénice Béjo, dont le tournage a eu lieu à la Villa Ephrussi de Rothschild.

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