Afin d’apporter une aide rapide aux victimes, le dispositif Orsec est déclenché pour la première fois, mais il n’en reste pas moins que, le 3 décembre 1959 au matin, le réveil est douloureux. Une bande de près d’un kilomètre de large a été proprement rasée de la carte, balayée par l’eau du barrage. Le bilan est apocalyptique, avec 423 morts et des centaines de blessés, ce qui reste encore aujourd’hui la plus grande catastrophe industrielle qu’ait connue la France. Côté matériel, 951 immeubles ont été touchés, dont 155 totalement détruits et 2,5km de voies ferrées ont été balayées. Pour le monde agricole, le désastre est total : 1350 hectares de terres agricoles sont sinistrées, les ¾ ayant totalement disparu, un millier de moutons sont morts et plus de 80 000 hectolitres de vin perdus.
Sur le site du barrage, ne demeure que la base de la partie droite de l'ouvrage, légèrement décollée du gneiss et basculée vers l'aval, ainsi qu’un fragment du massif de blocage de l'extrémité rive gauche, déplacé de près de 2 mètres vers l'aval.

Alors que la région de Fréjus panse ses plaies, l’enquête démarre et un collège d’experts est nommé par le Tribunal de Draguignan, chargé de déterminer les causes de la catastrophe. Son diagnostic est sans appel : une étude géotechnique tend à affirmer que la cause première de la rupture du barrage de Malpasset réside en l’effet des fuites d’eau sous la partie haute gauche de l’ouvrage. Il précise même que ce point constitue la cause la plus fréquente de ruptures de barrages, connue depuis longtemps.Enfin, sont relevés l’absence totale d’études et de contrôle géotechniques, le manque de rigueur dans le contrôle du remplissage et enfin l’ouverture trop tardive de la vanne de vidange. La responsabilité pénale des constructeurs est alors engagée.
Les avocats des constructeurs font alors désigner un second collège d'experts. Si celui-ci ne peut que confirmer l'effet des fuites d'eau sur l'ouvrage, il récuse le fait que ce danger était connu de longue date. Par ailleurs, il rappelle que l’usage de la géotechnique n’est pas prévu par les règles de l’art de la construction de barrages au moment de la catastrophe. La justice suivra les conclusions de ce second collège d’experts, ne reprochant aucune faute professionnelle aux constructeurs et n’engageant donc en rien leur responsabilité tant civile que pénale. Aucune assurance ne prendra en charge les dégâts, laissant l’intégralité de leur charge financière à l’Etat et au département du Var. L’indemnisation des victimes sera quant à elle laissée à la générosité publique…
A la suite de cette catastrophe, sont créées les unités de Sécurité Civile, devenue à l’échelle nationale la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises. Par ailleurs, est créé par décret le 13 juin 1966 le Comité technique permanent des barrages, organisme constitué de divers spécialistes de la construction de ce type d'ouvrage dont la hauteur dépasse 20 m. A l’occasion du cinquantenaire du drame, un Mémorial a été inauguré pour ne jamais oublier les victimes.

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