Des bulles sur la Méditerranée

Le 07/10/2025 0

Dans A la niche !

Whouah ! Moi, je suis un chien qui adore courir après les vagues et les papillons… Mais l’autre jour, mes pattes m’ont mené devant une drôle de maison : le Palais Bulles ! Ici, pas de murs carrés ni de toits pointus… non, non ! C’est comme un immense terrier futuriste fait de billes roses et rondes, posé face à la mer Méditerranée. J’men va vous en conter l’histoire…

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Le Palais Bulles nait au milieu des années 1970 de la rencontre entre une vision architecturale très particulière et un commanditaire original.

Nous sommes à la fin des années 1960. Un industriel français du secteur de l’automobile, Pierre Bernard, passionné par les formes futuristes, fait l’acquisition d’un terrain au cœur du Massif de l’Estérel, à Théoule-sur-Mer. Il souhaite y faire bâtir une maison de vacances pour sa famille, mais loin de l’architecture classique des villas de bord de mer. A l’occasion d’une visite chez des voisins, il fait la connaissance d’Antti Lovag, architecte hongrois emprunt de fantaisie créative.

Ce dernier ne se considère pas comme un architecte classique, mais de définit en « habitologue » : il cherche à penser la maison comme un prolongement naturel du corps humain. Selon lui, les habitats traditionnels enferment et contraignent la vie quotidienne. Il s’inspire donc des formes de la nature (cellules, bulles, coquillages, grottes) et cherche à retrouver la sensation de protection et de liberté que l’homme préhistorique pouvait ressentir dans une caverne primitive. Pour lui, les lignes droites sont une agression contre l’homme : la vie se déploie en courbes, en sphères et en volumes arrondis. L’habitat sera organique ou ne sera pas !

Entre les deux hommes, le coup de foudre créatif est immédiat et l’industriel et mécène confie son terrain à l’original architecte.

Ainsi démarre au tournant des années 1970 la construction de la Maison Bernard, véritable laboratoire expérimental pour Antti Lovag. Conçue sans plans traditionnels, l’architecte travaille directement sur le terrain, sculptant les volumes au fur et à mesure. À l’aide d’armatures métalliques souples recouvertes de treillis et de béton projeté, il donne naissance à des cellules sphériques reliées entre elles, en parfaite harmonie avec le relief naturel du site. Le chantier, long et complexe, mobilise des techniques artisanales inédites et nécessite de nombreuses adaptations en cours de route, mais il aboutit au milieu des années 1970 à une maison-sculpture unique, considérée comme le prototype du futur Palais Bulles.

En effet, à peine la construction achevée, Pierre Bernard commande en 1975 à Lovag une seconde demeure qui sera édifiée à quelques centaines de mètres de la sienne, cette fois sur une colline dominant la mer.

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© Cloé Harent, pour Vogue

Fort de l’expérience acquise avec la précédente maison, l’architecte veut passer à une échelle bien plus grande : 1000m² habitables organisés en une multitude de sphères interconnectées. Le chantier débute à la fin des années 1970, toujours avec la même logique artisanale et expérimentale.

Fidèle à sa méthode, Antti Lovag n’établit pas de plans figés : il façonne directement les volumes sur place, en utilisant toujours ses armatures souples recouvertes de béton projeté, permettant de créer les fameuses bulles et les relier. Le chantier avance lentement, car chaque espace est pensé comme une cellule organique adaptée au relief naturel, et chaque élément, ouverture, fenêtre arrondie, mobilier intégré, doit être réalisé sur mesure, certains sur place. Les années 1980 voient l’édification progressive des différentes sphères habitables (salons, chambres, terrasses panoramiques) ainsi que l’aménagement des jardins et piscines extérieures, conçus comme une extension du bâtiment. Malheureusement le commanditaire n’aura pas le plaisir de contempler le chef d’œuvre, étant décédé en 1991 avant la fin des travaux.

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© Cloé Harent, pour Vogue

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© Cloé Harent, pour Vogue

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© Mathieu Zazzo

 

Après la mort de l’industriel Pierre Bernard, le projet reste inachevé. Séduit par l’architecture organique et audacieuse imaginée par Antti Lovag, le couturier Pierre Cardin rachète le domaine en 1992 pour en poursuivre l’achèvement. Il voit dans cette maison-sculpture une parfaite incarnation de son univers créatif, mêlant avant-garde, formes sculpturales et esthétique futuriste. Cardin complète le chantier en respectant la philosophie initiale tout en ajoutant sa touche personnelle, faisant du Palais Bulles à la fois sa résidence d’été et un lieu de réception uniques au monde.

Peu à peu, la maison devient un lieu de réception et de création, accueillant des défilés de mode, des expositions d’art, des réceptions de célébrités et des événements culturels, transformant l’édifice en véritable vitrine de son univers créatif. Au fil des décennies et jusqu’à sa mort survenue en 2020, Cardin a veillé à l’entretien et à la préservation de cette architecture unique, adaptant certains aménagements pour le confort moderne tout en conservant l’esprit expérimental et organique du lieu. Aujourd’hui le Palais Bulles, labellisé Patrimoine du XXe sièclereste une icône mondiale de l’architecture futuriste, admiré pour sa beauté sculpturale, son audace conceptuelle et son rôle de synthèse entre art, habitat et spectacle, attirant visiteurs et passionnés du monde entier.

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© Louis-Philippe Breydel, pour Vogue

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© Jean-Pascal Hesse, pour Vogue

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© Mathieu Zazzo

En wouffer plus

L'organique, un mouvement architectural

La vision qu’avait Antti Lovag de l’architecture peut trouver un parallèle chez le philosophe et bâtisseur Rudolf Steiner, qui refusait quant à lui les angles droits. Il privilégiait lui aussi des formes organiques, fluides et asymétriques, inspirées de la nature et de la croissance vivante plutôt que de la géométrie rigide. Aussi, son chef d’œuvre, le Goetheanum, bâti à Dornach, en Suisse, utilise des courbes, des angles obliques et des volumes sculpturaux pour créer des espaces où la lumière, la couleur et le mouvement participent au bien-être physique et spirituel des occupants. L’architecture devient alors un outil d’harmonie entre l’homme, l’environnement et l’esprit.

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Antti Lovag

Rudolf steiner

Rudolf Steiner

Le saviez-wouf ?

Si le Palais Bulle n’est pas ouvert à la visite, son petit frère, qui lui a servi de prototype, la Maison Bernard, vous accueille et abrite aujourd’hui un Musée. La visite se concentre sur les espaces emblématiques de la maison et permet d’appréhender l’architecture d’Antti Lovag.

Sur rendez-vous ou inscription préalable de septembre à juin (l’établissement est fermé au public en juillet et en août). Tarif : 25.00 €;

En savoir plus : www.fonds-maisonbernard.com

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